1a - Nouvelle adresse

http://critique-sociale.doomby.com



 

1e - Extrait de "Nous étions libres comme le vent", de Daniel Robert

Par une nuit sombre et un froid mordant, Mangas Coloradas, enroulé dans une mauvaise couverture, était étendu sur le sol près d’un feu de camp, sous la surveillance de deux soldats. Un troisième, qui était de garde cette nuit-là, fut témoin de ce qui se passa ensuite. Les deux premières tuniques bleues firent rougir leurs baïonnettes au feu, puis brûlèrent les jambes et les pieds du vieux chef. Mangas Coloradas se souleva sur son coude gauche et hurla en espagnol qu’il n’était pas un enfant avec lequel on pouvait s’amuser. En réponse, ses gardiens le mirent en joue et tirèrent six coups de feu. Mangas Coloradas mourut instantanément.
Le lendemain matin, un soldat utilisa le couteau du cuistot pour scalper le cadavre, puis, enveloppant son trophée dans la longue chevelure, il le mit dans sa poche. A midi, le corps fut jeté dans un fossé et enseveli sommairement. Quelques nuits plus tard, quelques soldats vinrent l’exhumer, le décapitèrent et firent bouillir la tête dans un chaudron. Puis le crâne fut envoyé à un phrénologue de l’Est qui releva ses mensurations et arriva à la conclusion que sa capacité était encore supérieure à celle du crâne de Daniel Webster.



 

1f - Volupté physique - Rainer Maria Rilke

La volupté physique est un épisode de la vie des sens ; elle n’est en rien différente d’un pur regard ou de la pure sensation que produit un beau fruit sur la langue ; c’est une grande expérience illimitée qui nous est donnée, une connaissance de l’univers, qui a la plénitude et l’éclat de toute connaissance. Et ce qui est mauvais n’est pas de l’éprouver ; ce qui est mauvais, c’est que presque tous font un mauvais usage de cette expérience, qu’ils la dilapident et en font une excitation qu’ils placent partout où leur vie est lasse et qu’ils considèrent comme un divertissement, au lieu d’en faire un lieu de recueillement pour les heures les plus hautes.



 

1g - Extrait d'une lettre de Théodore Kaczynski

Qui dit que j'aime lire et écrire ? Naturellement, quand vous êtes coincé en prison vous devez avoir quelque divertissement, et il vaut mieux lire ou écrire que regarder la télévision (ce que je ne fais pas). Mais quand vous vivez en pleine nature, dans les montagnes, vous n'avez pas besoin de divertissement. Lorsque je vivais pleinement dans les montagnes, je lisais très peu et, lorsque j'écrivais, ce n'était pas par plaisir, mais pour noter dans mon journal certaines expériences que je ne voulais pas oublier.



 

1s - Le poète, selon Thomas Mann

Je sais ce que c’est qu’un poète, car j’en suis un moi-même, j’ai l’estampille. Un poète, soit dit en deux mots, est un gaillard absolument inutilisable dans tous les ordres d’activité des gens sérieux ; il ne pense qu’à des futilités, non seulement il ne sert pas l’Etat, mais il nourrit des pensées rebelles, il n’a même pas besoin d’être particulièrement intelligent, il lui arrive au contraire d’avoir un esprit aussi lent et aussi obtus que le mien l’a toujours été, par ailleurs un enfant au fond, enclin à tous les dérèglements, un charlatan dont il faut se méfier à tous égards, et qui ne devrait attendre de la société – à vrai dire, il n’en attend rien d’autre – qu’un silence méprisant. Pourtant, c’est un fait que la société permet à ce genre d’individus de vivre dans son sein, d’y obtenir de la considération, d’y acquérir le maximum de bien-être. Je ne dois pas m’en plaindre, j’en profite. Mais ce n’est pas dans l’ordre. C’est de nature à encourager le vice, et c’est un scandale pour les gens vertueux.



   

Profil

Nom: Edmond Jofriken
Situation : Lecteur

Photo en haut à gauche : Crucified horse, de Joel Peter Witkin


   

Derniers Messages...

Commentaires récents

Ma Galerie

Agrandir/Réduire

Trier par date

Login

Mon blog chez Bloog.org

11608 visites