Certains traits de mon visage sont sûrement façonnés par la grimace que je fais chaque matin en me rasant, ou par le fait que je supporte de mauvaises haleines. Si je vivais tout seul au milieu des savonnettes, j'aurais probablement un faciès de jeune premier.
Pourtant ma figure a des allures passables, si l'on excepte le repli d'un lobe d'oreille, ou ma ride en pochoir, ou mon creux de menton. Mais on affirme aussi que les défauts émeuvent, ou sont considérés comme signes distinctifs, ce qui permet de se targuer parfois de ce que l'on avait toujours considéré comme un sujet de honte. Quant à dire que les bonnes odeurs contrebalancent l'effet qu'ont les mauvaises, je ne puis en être tout à fait assuré. Le visage peut modeler des mimiques bipartites, auquel cas on court le risque de n'être pas pris au sérieux.
Un défaut de mâchoire m'oblige à m'infliger un craquement lorsque je m'éveille. Produire ce craquement nécessite un geste de ma part, identique à chaque fois. Une ride est donc forcée à terme d'apparaître, ou une fossette. L'on peut de cette manière avancer que l'expression faciale est la résultante des actions quotidiennes. Un effort régulier, le rire facile, l'habitude de renifler, l'éblouissement, la myopie, et par extension la non possession de lunettes de soleil, le travail, la réflexion, tous paramètres personnels auront pour effet la définition du visage.
Comme mes mains sont frêles, et mon corps amolli ! J’ai en tête cette scène de film où le héros affirme s’être laissé aller avant d’entreprendre sa réhabilitation par l’exercice. Et je fais cela fréquemment, une cure d’efforts pour retrouver un cou de bœuf, des bras de bon zigue apte à la défense de l’une ou l’autre femme.
Une relation est-elle à me manquer ? Je veux le croire, même si jusqu’à présent je ne m’en souciais guère. Et pour cause je me laisse violer de loin en loin, cela devrait me suffire, étant entendu que je manque d’allant offensif et qu’il m’incombe en amour de respecter les usages établis. L’horticulture avant tout, et le respect des horaires, je verrai bien après pour l’agression d’une mocheté. Cela aussi est calculé, car l'on est surtout sévère avec ceux qui s’en prennent à des objets de rêve. Il me faudra pourtant en venir à convoiter les plus belles, pour les subjugations ! Et puis aussi pour moi-même, car je suis tout aussi sensible à une peau d’hermine, et n’y vois pas de mal, au fond, me jugeant de façon très objective assez beau. Ces bêtises d’affirmer tout un temps que mon extérieur me nuisait ! Peut-être cet air sot, quand j’ai gobé une mouche, ou mes pâleurs, mais dans l’ensemble, il serait presque normal que j’accoste une fille à frange, ou à jupe...
Mais que suis-je donc, ou plutôt qui pensé-je être, celui que je regarde d’un œil désabusé, né de parents, d’oncles et de tantes, et de neveux plus innommables qu’à satiété, ayant en commun avec eux des traits physiques comme gobés à l’un puis à l’autre, une verge sur le tard, et des hémorroïdes ! Puis, finalement, un assemblage hétéroclite des grosses jambes de l’un, mais d’une maigreur thoracique côté paternel, ajouté à cela une sœur tôt et tragiquement décédée, deux frères antagonistes, et une autre sœur aux soucis physiques et aux phobies par comparables aux miens.
Si je vois par exemple le prénommé David qui écume l’Asie si facilement, ou tel autre accointant qui place ses enfants en Egypte, je les envie sûrement, mais ne peux les imiter. Je flotte dans un temps illimité, sans aucune grande contrainte, effrayé par cette trop grande liberté, ou marche droit devant moi pendant des jours, ce qui dénote une certaine originalité, mais un manque de savoir-faire ! Je ne sais vivre que par une lente progression, dans le reflux de pensées apaisantes, une vie plutôt irréelle où je me représente, mais sans vraie conviction, peu âpre à défendre mes bonnes réputations, ou mes idées, s’il s’avérait que j’en eusse. Dépossédé du droit de me considérer responsable de mes actes, je m’en remets aux juges nombreux qui me déterminent. Je persiste aussi à me penser vivant et avenu. Pourtant quelque chose me trahit dans le regard, qu’on juge à tous les goûts, sans que moi-même je sache ce qu’il incombe de dire de ma personnalité.
Quant au physique il est somme toute convenable, d'où un certain succès, je le pressens. C'est que je suivis fiévreusement un entrainement qui me développa au niveau du torse, si bien que je mesure aujourd'hui un mètre quatre-vingt-trois, quatorze centimètres de plus qu'un père pourtant assez porté sur le bon entretien de sa personne. Il faut sûrement mettre cela sur le compte du sortir de la deuxième guerre, période où le foyer rationnait, où l'ouvrier demandait à ses enfants un effort de circonstance. Bref, les séances que je m'infligeai, outre le fait que j'en vomis plusieurs fois de dépassement, me valurent ces intérêts du beau sexe, que chacun sait qu'il est bon d'occasionner, de par l'estime et la jalousie qu’ils procurent, entre autres, mais mes fuites et le refus que j'entretenais de voir dans une approche une intention subreptice occasionnèrent des déceptions, peut-être ; en apparence – et voilà ce qui importe – j'étais un beau et jeune castor, sémillant de ma personne, et ne me concevais-je pas non plus comme une mauvaise fragrance, un tube à ne pas agiter ?
Je me mis aussi en tête que la boulangère me trouvait à son goût. Mais comment en être sûr, et n’était-ce pas plutôt une mauvaise impression, presque présomptueuse ? Je finis par souhaiter qu’elle ne fût pas là quand j’allais chercher mon pain, déterminant rapidement qu’elle ne travaillait que le matin, lui préférant par conséquent une autre blonde, mais plus âgée, et maniérée. Je me risquai pourtant plus d’une fois à acheter ma baguette le matin, pour lire dans le regard de la jeune femme tout l’intérêt qu’elle me portait, quand j’étais en mal d’amour, ou plutôt peu confiant quant à mes possibilités de plaire, étant donné aussi que je ne côtoyais personne, jamais, et qu’un rapport même impersonnel de boulangère à moi faisait tout aussi bien l’affaire que d’aller parler d’argent à Mademoiselle El Henri (qui me traitait d’autiste). Je tentais aussi de lire une critique dans le regard de la boulangère, si j’avais mal tendu l’argent, ou quand je faisais semblant de n’en avoir pas assez, rapport à l’outrance que cela aurait pu provoquer, mais comme je ne décelais ni acrimonie ni impatience au fond des prunelles de celle qui, je le supputais, me vouait un culte, et dont je devinais les lubricités, c’était partie gagnée, et je pouvais me sentir heureux.
Longtemps j’appréhendai la platitude d’un pied (le gauche). Je me permets aujourd'hui d'affirmer qu'il n'en fut rien, et que s'il faut craindre qu'il le devienne, je fais le nécessaire pour cajoler mes voutes.
Suis-je fiévreux ? Ou apathique ? Ou une croûte se forme-t-elle, douloureuse, en mon nez ? Ou le frottement des cuisses a-t-il généré une irritation à ma jambe faible ? Ne me prend-on toutefois pas trop souvent pour un bouffon ? Toutes questions bonnes à me poser pour juger de mon degré de bien-être. Comme au réveil je garde en bouche mes vieilles salives pour les cracher dans l'évier lorsqu'un courage me met debout, j'opterai pour un pot de glète quand ma motricité m'aura fait défaut.
Oui, me laissant violer de loin en loin par l'une ou l'autre femme (j'ai mis du temps à accepter qu'on ait une vue sur mon intimité, ou mes parties jugées honteuses), j'ai l'impression que personne ne s'attend à me trouver gras, ou seulement impoli. C'est de famille, jugez plutôt, que mon frère cadet n'a jamais prononcé le moindre gros mot, et qu'il passe pour une infraction parmi les miens de s'autoriser l'ingestion d'un petit verre de bière, quand moi-même n'ai goûté à l'alcool qu'à vingt et un ans ! Et le cadet est pire que moi, l'aîné n'en parlons pas il ne parle plus, c'est dire si cela limite ses rapports sociaux, ne sort pas plus, d'où des possibilités d'agression sur sa personne très limitées (quant à la sœur, si elle pratique les débridés c'est par méconnaissance de son fond, ou bien rejet). Ah, naïfs de vingtième siècle, de notre époque pourtant, que nous sommes ridicules !
C'est que j'ai bien compris qu'un fond de commerce entretenu vaut mieux qu'une expérience dont la fugacité ne portera qu'aux brouillons immatures. Expert de la puérilité, je veux ! Mais les contes érotiques sont à laisser à ceux qui font montre de prestance. M'aventurer à décrire une obèse me branler, ou une défigurée me tendre ses poils de cul ne me procurerait pas plus de plaisir que le détail d'un de mes boutons de manchettes. Rester dans une certaine réalité des faits est une chose qui se remarque, mentir ne représentant pour moi qu'une façon de passer inaperçu en société. Et les viols dont je suis victime ne doivent pas occulter qu'à défaut de pouvoir contracter des grossesses, j'ai quand même sur la conscience des naissances non désirées. Et peut-on sérieusement prétendre que ma bourse est de taille à subvenir aux appétits de mes enfants ? Les mères ne sont-elles pas vampirisées par des vues sur drogue, produits d'appétence, d'hygiène et de compagnie ?
Certains traits de mon visage sont sûrement façonnés par la grimace que je fais chaque matin en me rasant, ou par le fait que je supporte de mauvaises haleines. Si je vivais tout seul au milieu des savonnettes, j'aurais probablement un faciès de jeune premier.
Pourtant ma figure a des allures passables, si l'on excepte le repli d'un lobe d'oreille, ou ma ride en pochoir, ou mon creux de menton. Mais on affirme aussi que les défauts émeuvent, ou sont considérés comme signes distinctifs, ce qui permet de se targuer parfois de ce que l'on avait toujours considéré comme un sujet de honte. Quant à dire que les bonnes odeurs contrebalancent l'effet qu'ont les mauvaises, je ne puis en être tout à fait assuré. Le visage peut modeler des mimiques bipartites, auquel cas on court le risque de n'être pas pris au sérieux.
Un défaut de mâchoire m'oblige à m'infliger un craquement lorsque je m'éveille. Produire ce craquement nécessite un geste de ma part, identique à chaque fois. Une ride est donc forcée à terme d'apparaître, ou une fossette. L'on peut de cette manière avancer que l'expression faciale est la résultante des actions quotidiennes. Un effort régulier, le rire facile, l'habitude de renifler, l'éblouissement, la myopie, et par extension la non possession de lunettes de soleil, le travail, la réflexion, tous paramètres personnels auront pour effet la définition du visage.
Comme mes mains sont frêles, et mon corps amolli ! J’ai en tête cette scène de film où le héros affirme s’être laissé aller avant d’entreprendre sa réhabilitation par l’exercice. Et je fais cela fréquemment, une cure d’efforts pour retrouver un cou de bœuf, des bras de bon zigue apte à la défense de l’une ou l’autre femme.
Une relation est-elle à me manquer ? Je veux le croire, même si jusqu’à présent je ne m’en souciais guère. Et pour cause je me laisse violer de loin en loin, cela devrait me suffire, étant entendu que je manque d’allant offensif et qu’il m’incombe en amour de respecter les usages établis. L’horticulture avant tout, et le respect des horaires, je verrai bien après pour l’agression d’une mocheté. Cela aussi est calculé, car l'on est surtout sévère avec ceux qui s’en prennent à des objets de rêve. Il me faudra pourtant en venir à convoiter les plus belles, pour les subjugations ! Et puis aussi pour moi-même, car je suis tout aussi sensible à une peau d’hermine, et n’y vois pas de mal, au fond, me jugeant de façon très objective assez beau. Ces bêtises d’affirmer tout un temps que mon extérieur me nuisait ! Peut-être cet air sot, quand j’ai gobé une mouche, ou mes pâleurs, mais dans l’ensemble, il serait presque normal que j’accoste une fille à frange, ou à jupe...
Mais que suis-je donc, ou plutôt qui pensé-je être, celui que je regarde d’un œil désabusé, né de parents, d’oncles et de tantes, et de neveux plus innommables qu’à satiété, ayant en commun avec eux des traits physiques comme gobés à l’un puis à l’autre, une verge sur le tard, et des hémorroïdes ! Puis, finalement, un assemblage hétéroclite des grosses jambes de l’un, mais d’une maigreur thoracique côté paternel, ajouté à cela une sœur tôt et tragiquement décédée, deux frères antagonistes, et une autre sœur aux soucis physiques et aux phobies par comparables aux miens.
Si je vois par exemple le prénommé David qui écume l’Asie si facilement, ou tel autre accointant qui place ses enfants en Egypte, je les envie sûrement, mais ne peux les imiter. Je flotte dans un temps illimité, sans aucune grande contrainte, effrayé par cette trop grande liberté, ou marche droit devant moi pendant des jours, ce qui dénote une certaine originalité, mais un manque de savoir-faire ! Je ne sais vivre que par une lente progression, dans le reflux de pensées apaisantes, une vie plutôt irréelle où je me représente, mais sans vraie conviction, peu âpre à défendre mes bonnes réputations, ou mes idées, s’il s’avérait que j’en eusse. Dépossédé du droit de me considérer responsable de mes actes, je m’en remets aux juges nombreux qui me déterminent. Je persiste aussi à me penser vivant et avenu. Pourtant quelque chose me trahit dans le regard, qu’on juge à tous les goûts, sans que moi-même je sache ce qu’il incombe de dire de ma personnalité.
Quant au physique il est somme toute convenable, d'où un certain succès, je le pressens. C'est que je suivis fiévreusement un entrainement qui me développa au niveau du torse, si bien que je mesure aujourd'hui un mètre quatre-vingt-trois, quatorze centimètres de plus qu'un père pourtant assez porté sur le bon entretien de sa personne. Il faut sûrement mettre cela sur le compte du sortir de la deuxième guerre, période où le foyer rationnait, où l'ouvrier demandait à ses enfants un effort de circonstance. Bref, les séances que je m'infligeai, outre le fait que j'en vomis plusieurs fois de dépassement, me valurent ces intérêts du beau sexe, que chacun sait qu'il est bon d'occasionner, de par l'estime et la jalousie qu’ils procurent, entre autres, mais mes fuites et le refus que j'entretenais de voir dans une approche une intention subreptice occasionnèrent des déceptions, peut-être ; en apparence – et voilà ce qui importe – j'étais un beau et jeune castor, sémillant de ma personne, et ne me concevais-je pas non plus comme une mauvaise fragrance, un tube à ne pas agiter ?
Je me mis aussi en tête que la boulangère me trouvait à son goût. Mais comment en être sûr, et n’était-ce pas plutôt une mauvaise impression, presque présomptueuse ? Je finis par souhaiter qu’elle ne fût pas là quand j’allais chercher mon pain, déterminant rapidement qu’elle ne travaillait que le matin, lui préférant par conséquent une autre blonde, mais plus âgée, et maniérée. Je me risquai pourtant plus d’une fois à acheter ma baguette le matin, pour lire dans le regard de la jeune femme tout l’intérêt qu’elle me portait, quand j’étais en mal d’amour, ou plutôt peu confiant quant à mes possibilités de plaire, étant donné aussi que je ne côtoyais personne, jamais, et qu’un rapport même impersonnel de boulangère à moi faisait tout aussi bien l’affaire que d’aller parler d’argent à Mademoiselle El Henri (qui me traitait d’autiste). Je tentais aussi de lire une critique dans le regard de la boulangère, si j’avais mal tendu l’argent, ou quand je faisais semblant de n’en avoir pas assez, rapport à l’outrance que cela aurait pu provoquer, mais comme je ne décelais ni acrimonie ni impatience au fond des prunelles de celle qui, je le supputais, me vouait un culte, et dont je devinais les lubricités, c’était partie gagnée, et je pouvais me sentir heureux.
Longtemps j’appréhendai la platitude d’un pied (le gauche). Je me permets aujourd'hui d'affirmer qu'il n'en fut rien, et que s'il faut craindre qu'il le devienne, je fais le nécessaire pour cajoler mes voutes.
Suis-je fiévreux ? Ou apathique ? Ou une croûte se forme-t-elle, douloureuse, en mon nez ? Ou le frottement des cuisses a-t-il généré une irritation à ma jambe faible ? Ne me prend-on toutefois pas trop souvent pour un bouffon ? Toutes questions bonnes à me poser pour juger de mon degré de bien-être. Comme au réveil je garde en bouche mes vieilles salives pour les cracher dans l'évier lorsqu'un courage me met debout, j'opterai pour un pot de glète quand ma motricité m'aura fait défaut.
Oui, me laissant violer de loin en loin par l'une ou l'autre femme (j'ai mis du temps à accepter qu'on ait une vue sur mon intimité, ou mes parties jugées honteuses), j'ai l'impression que personne ne s'attend à me trouver gras, ou seulement impoli. C'est de famille, jugez plutôt, que mon frère cadet n'a jamais prononcé le moindre gros mot, et qu'il passe pour une infraction parmi les miens de s'autoriser l'ingestion d'un petit verre de bière, quand moi-même n'ai goûté à l'alcool qu'à vingt et un ans ! Et le cadet est pire que moi, l'aîné n'en parlons pas il ne parle plus, c'est dire si cela limite ses rapports sociaux, ne sort pas plus, d'où des possibilités d'agression sur sa personne très limitées (quant à la sœur, si elle pratique les débridés c'est par méconnaissance de son fond, ou bien rejet). Ah, naïfs de vingtième siècle, de notre époque pourtant, que nous sommes ridicules !
C'est que j'ai bien compris qu'un fond de commerce entretenu vaut mieux qu'une expérience dont la fugacité ne portera qu'aux brouillons immatures. Expert de la puérilité, je veux ! Mais les contes érotiques sont à laisser à ceux qui font montre de prestance. M'aventurer à décrire une obèse me branler, ou une défigurée me tendre ses poils de cul ne me procurerait pas plus de plaisir que le détail d'un de mes boutons de manchettes. Rester dans une certaine réalité des faits est une chose qui se remarque, mentir ne représentant pour moi qu'une façon de passer inaperçu en société. Et les viols dont je suis victime ne doivent pas occulter qu'à défaut de pouvoir contracter des grossesses, j'ai quand même sur la conscience des naissances non désirées. Et peut-on sérieusement prétendre que ma bourse est de taille à subvenir aux appétits de mes enfants ? Les mères ne sont-elles pas vampirisées par des vues sur drogue, produits d'appétence, d'hygiène et de compagnie ?

